dimanche 7 mars 2010

L'homme à l'assiduité contestable




Ma spécialité, c'est disparaître sans donner de nouvelle, puis revenir comme une fleur sans donner d'explication. Ma spécialité, à vrai dire, c'est ne rien donner.

En 2010, j'ai tendance à foutre en l'air l'imbuvable douceur dont j'ai pu faire preuve ces deux dernières années afin de renouer avec un essentiel un peu plus acide. L'époque m'énerve, je pense, et je ne la vois plus comme autre chose qu'un utérus putride, mais confortable, dans lequel mature une nouvelle variante de théocratie.

Slalomant entre les idéologies, les procès d'intentions et l'ignorance, j'observe mes amis les hommes et constate l'ampleur des dégâts..

Mon copain hippy s'est transformé en machine de guerre écologiste, s'autorisant toutes les transgressions, désinformations et stigmatisations de ceux qui ne partagent pas son avis, du moment que c'est pour sa belle planète en danger. Ma copine de droite et/ou/comme de gauche, rassurée par l'éradication progressive des tournantes en cités chaudes, s'autorise enfin à préciser que, quand même, c'est un peu la faute aux arabes qui voilent leurs femmes et construisent des minarets, si elle est en danger. Enfin, mon vieux pote le lascar continue d'encenser son idole, un grand courageux du vidéo clip, qui commet un acte tellement subversif, tout comme ses quatre cents collègues, en baisant la France dans son freestyle pré-enregistré.

Quelqu'un doit faire quelque chose, mais du coup je ne peux pas, j'ai décidé de me remettre à bloguer..

vendredi 5 juin 2009

L'homme à l'espérence de vie féministe limitée




"Ce qui est marrant, c'est que l'âge te donne du charme et de la cervelle, mais que plus tu en prends, moins tu risques de plaire à un tas de nanas", me confiait J., amie en suspend, durant notre réconciliation d'hier, après un conflit silencieux de plusieurs semaines.

Outre le fait qu'il y ait plus indiqué, question confidences post-traumatiques, cette dernière fut pour moi percutante de pertinence.

Bien qu'ayant toujours revendiqué mon indépendance et ma non-appartenance aux femmes que j'ai fréquentées, je dois admettre que, quelque part, ce jeu du jeune rebelle flirtant avec le cynisme et le culte du pire servait une cause avant la mienne : la leur.
En faisant un bilan honnête de ma quête juvénile de cyprine, j'en dégage une dynamique systématique..

Je me suis toujours fait remarquer pour mon caractère à vif, hurlant son insoumission à tout ordre (branlette mentale) et un certain ascendant sur les autres garçons de mon âge, dans la pensée comme dans le discours (branlette mentale). Le jeune type un peu décadent, finalement, à qui tout pourrait sourire s'il ne s'obstinait pas à noircir la vitrine de l'âme qu'on lui attribue. Drogue, arts et abus, l'intelligence des années 90-2000, quoi.

Ça plaît à une certaine catégorie de femmes, ce genre de tableau. J'ai quasiment toujours fréquenté des féministes, scindées par le désir d'avoir à leurs cotés un mec instruit et lié à ses sens, d'une part, et celui d'accompagner une icône de désobéissance à la norme, d'autre part. J'incarnais alors pour elles une certaine vertu un peu salie qu'il était bon de posséder.

On s'attendrissait alors devant mes "Connasse, tout ce que je veux, c'est une aventure sans lendemain." et autres "Salope, par derrière, c'est bon aussi.", pendant qu'on reprochait ces mêmes bulles de poésie à un monde plus cravaté. Avec la bonne attitude, je tenais finalement sans m'en rendre compte des chiennes de garde en muselière et elles m'en remerciaient.

Aujourd'hui, j'ai évidemment avancé, changé et constaté la vérité sur ces instants de ma vie, et j'admets avoir le féminisme en horreur. Pour avoir tant constaté ce qu'il est en réalité : la recherche d'une revanche sur l'homme et d'une victoire pour la femme, je lui préfère son petit frère, parité, lorsqu'il se déshabille de mathématiques sociétales et se dispense de faire l'apologie du quota.

Ayant été l'amant au subconscient fourbe de ces filles mal éclairées, je pense que J. a en effet raison : le temps nous éloigne et nous divise. La cruauté de la situation veut qu'au moment où j'aie le plus d'estime pour elles, la leur à mon égard soit au déclin. Choisir de ne plus porter l'habit de celui qui trompait leur monde, c'était choisir d'être au grand jour celui qui l'a un jour porté.

Ceci dit, comme je l'ai répondu à J. aussitôt après sa remarque : j'ai déjà quelqu'un dans ma vie, ça résout une grosse partie du problème.

jeudi 16 avril 2009

L'homme à l'intertie prodigieuse




Le printemps, c'est chouette. Ouais mon pote.

Empli de bonnes vibrations au retour des Artefacts, je me délecte des parfums fleuris de mon béton lyonnais et nage au milieu des décolletés généreux des jeunes autochtones. Celles-ci semblent, année après année, ne devenir qu'une déclinaison de tailles du même ensemble Jenn*fer ou P*mkie..

Alors on croise XS, qui se promène avec son I-P*d flashy, rejoignant en centre-ville la superbe M et la malchanceuse 3XL pour un gentil tour en ville avec CB en poche. Derrière leurs lunettes format A4, une pensée unique teintée d'esprit Charlotte Gainsbourg nuancé Lily Allen. Les trottoirs deviennent tapis rouges, et les premiers asiatiques en vacances font office de Paparazzi, adossés aux vitrines et fascinés par une originalité à la française qui tend pourtant à rappeler l'uniformité de leur coin de globe originel.

Nos Pussycat dolls, ne perdant pas un atome de leur superbe, devisent de Brit-Pop culture et de féminisme en remontant de temps à autres les ceintures de leurs jeans-taille-basse-slim-tout-ce-que-tu-veux. Lorsqu'elles croisent un adolescent adepte de Neo-Metal aux cheveux gras, fringué d'un sweat-shirt noir - même en été - par son groupe préféré, elles le raillent et rient aux éclats. Le pauvre kid dans la mir n'osant pas braver son incurable timidité, il force la virilité de sa démarche et s'en va dans une royale rebellitude.

Accoudée aux barrières, rampes d'escaliers, murettes et autres arrêts de bus, l'oeil rivé sur le spectacle, la tribu mixte contemple et commente de belle grammaire. Jessifer, enroulée dans son jean Dies*l trempant dans de longues cuissardes, lui-même serré d'une ceinture G*cci digne d'un catcheur, elle-même dominée par un haut de survêtement Lac*ste jaune poussin, attire l'attention de son keum Jean-Kevin Ben Chorba sur l'aspect ridicule des passantes. Celui-ci, inspiré par ses muses dans des écouteurs, crache un mollard digne des plus grands discours, baisse légèrement ses lunettes de soleil, tente une accroche visuelle avec les dites passantes et noie l'évident râteau d'un "Salope, j'te rentre mon zob !". Le reste de la tribu ricane et approuve d'un lâché collectif de mollards à son tour.

Le printemps, c'est assez chouette pour me donner envie de hurler "pauvre pute" ou "gros débile" toutes les 15 secondes, lorsque je me ballade.

mardi 31 mars 2009

L'homme et son train-train quotidien





Avoir des conversations sur des sujets compliqués, dans un couple, n'est pas forcément la plus lumineuse des idées.

Lorsque nous parlons politique, musique ou littérature, Mme Mama et moi finissons généralement par sentir un mur s'ériger entre nous. Son manque de confiance en elle me transforme en tyran et, quand par malheur j'essaie de prendre en compte son avis comme une alternative valable à mon opinion, j'ai rapidement l'air d'un intolérant qui joue les pédagogues.

J'ai du mal avec cette tendance, chez beaucoup de femmes, à immiscer l'affectif au sein d'une recherche de vérité ou de raison. Ça trouble la donne et me fait perdre tous mes moyens dans le débat. Mais depuis quand doit-on aussi souvent faire un choix entre la vérité et l'amour que l'on porte à quelqu'un ?

Ne pas blesser, faire abstraction de ses convictions et de son savoir au bénéfice de la bienséance d'une relation avec quelqu'un, c'est à vrai dire tout ce contre quoi je me suis toujours battu. Renier ce combat pour elle ne me dérangerait finalement pas, je crois, mais le faire pour ne pas bousculer ses complexes illégitimes, ça me défrise.

J'ai peur que ma façon calme d'exposer mes arguments dans une discussion les renforce un peu trop. On accorde toujours si facilement une toute-puissance à une personne qui parle calmement qu'on en oublie parfois que notre avis n'est pas moins précieux que le sien, à fortiori lorsqu'on n'a pas suffisamment d'estime pour soi-même. L'histoire de Mme, c'est ça : admirer l'homme que je suis, sans réaliser que je ne le suis que grâce à son arrivée dans ma vie. Honnêtement, je ne crois pas avoir été plus lucide en matière de politique, d'arts et d'humanité que depuis notre rencontre.

Et puis mon truc à moi, c'est d'être plus cultivé et érudit que beaucoup de gens, mais rarement plus intelligent. La véritable détentrice d'intelligence, au sein de notre couple, c'est elle. Il serait bon qu'elle le comprenne un jour..

Ça m'énerve d'être, dans ce que je suis, la cause de notre incapacité à discuter de ce genre de choses sans que l'un de nous se sente lésé. Ça m'énerve tellement que j'en blogue à 4h du mat au lieu de dormir.

mardi 10 mars 2009

L'homme sans manière



Prétendre reprendre un blog en le laissant choir pendant des semaines, c'est pas cool.

Je suis le blogueur qui cultive ton impatience et ton goût prononcé pour le happening. Bientôt, je me fais violer, c'est promis.

Vous allez bien, dites ?

vendredi 13 février 2009

L'enfant circoncision-friendly




Il y a une chose qui m'était interdite dès la naissance, le genre d'interdiction qui ne se brave pas : être monsieur tout le monde.

Tout petit garçon, au milieu d'autres morveux de mon âge pour qui le terme de "métis" n'évoquait rien, je réalisais qu'il ne serait à priori pas facile pour moi de me fondre dans la masse. A l'époque, vraiment, ce terme ne voulait rien dire pour un gosse.. D'ailleurs pour être honnête, même dans cette foutue chanson de Julien Clerc, au départ, je n'avais pas capté la subtile dédicace. Ca sonnait plus comme une formule rigolote qu'autre chose, pour moi, genre "tassétissatomitessabisse", quelque chose comme ça, alors pour les autres..

Tu dégustes ton quatre heures dans la cour de récré, tranquille comme un grabataire, puis l'instant qui suit te fait comprendre qu'en fait, la légère différence de couleur entre ta paume et l'extérieur de ta main, ça ne vient pas du caramel de ton RAIDER. "Pas gravissime, te dis-tu d'abord, les gens aiment ça, le caramel !", mais tu finis par percuter : si ça t'intrigue, ça intriguera forcément les autres.

Par chance, les années 90 se sont pointées. Avec elles, débarquaient Yannick et sa Saga Africa et un tas de neo-hippies ravies de porter des boubous et de les enlever devant le zizi d'un Mamadou. L'âge d'or du métissage, une période durant laquelle je comprenais peu à peu qu'un jour, peut-être, mes enfants iront prendre place à coté de ce débile de gamin blond sur les paquets Kinder. (Ca, ça s'appelait déjà comme ça.) (Sans déconner, il a vraiment l'air con, ce gamin)

Et puis il m'a fallu grandir, parcourir du monde et comprendre ce qui se passait mal dans le mien. Etre métis, c'était joli ici, mais seulement si j'évitais d'être trop con. Devenir un métis digne de ce qu'il porte en lui de mixité culturelle, c'était ça, l'objectif. M'instruire sans devenir méprisant, conserver les racines sans devenir sectaire ; c'eût été trop stupide de devenir un Doc Gyneco, et bien trop dommage de finir dealer, le cul cloué à un banc en banlieue. Et ça use, de faire attention à ne pas trop pencher d'un coté ou de l'autre.

Avoir été métis durant les deux dernières décennies, c'était un peu ça : une perpétuelle recherche du "juste milieu".

Tout à l'heure, je buvais un verre avec de vieux amis lorsque l'une d'eux m'a complètement bloqué en me demandant pourquoi je n'obéissais à aucun "schéma conventionnel d'appartenance à une catégorie de personnes". J'ai la verve aiguisée en temps normal, mais je n'ai pas su quoi répondre, et ce n'était pas seulement parce que j'avais du mal à comprendre ce qu'elle venait de dire..

Après y avoir pensé toute la nuit, je crois que ça ne vient pas de ma nature elle-même, mais de tout ce dont j'ai conscience la concernant, ça conditionne un peu ma façon d'être. Etre particulier, dans les années 80 comme aujourd'hui - à fortiori aujourd'hui -, c'est toujours une affaire de précautions.

samedi 7 février 2009

L'homme qui pissait sur les cyclones


Il est un art auquel nous, hommes abandonnés par leurs bien-aimées pour une quinzaine sur une île paradisiaque, nous adonnons lorsque de pareilles circonstances s'installent.

Le célibatisme, sorte de célibat épuré de toute éventuelle relation sexuelle*, amoureuse ou même sentimentale, quelle qu'elle soit, puisque nous avons tendance à culpabiliser lorsque nous nous rapprochons de certaines amies en l'absence de LA dame.

Le célibatisme, c'est donc boire. Boire chez ses amis, tant et si bien que toute conversation valable devient impossible et qu'on se contente de passer ce qu'on appellera par la suite, non sans hypocrisie bienséante, "de bons moments". Le célibatisme se caractérise dans un groupe d'amis par quelques expressions du milieu : "Wouah ! T'étais vraiment imbibé, ce soir-là !" ; "Sérieux ?! Tu t'souviens pas ?!" et autres "Je crois qu'on devrait se voir un peu moins dorénavant". Le genre de choses que l'on dit à toute personne suffisamment bourrée pour converser avec elle-même, lorsqu'on a tissé avec elle des liens d'amitié, en somme.

Au milieu de son célibatisme, on peut s'interroger, se demander si cette consommation d'alcools, de drogues et ces blagues lancées à tout-va ne cachent pas une peur de réaliser que la personne aimée et absente ne nous manque pas tellement, finalement. La relation amoureuse deviendrait alors moins importante et le terme "amour" beaucoup moins légitime.

Mais comme la psychologie, c'est pour les parisiennes et les pédés, j'ai préféré me servir un nouveau verre lorsque je suis arrivé à cette étape. Et en fait, Mme Mama me manque pour de bon.

Je constate ainsi qu'un week-end durant lequel on se sent trop fatigué pour retourner boire, trop seul pour faire l'amour après une grasse mat' et trop malin pour regarder TF1, ça donne envie de bloguer.

* Je suis pertinemment conscient que pour certains, le célibat simple fonctionne également ainsi, je faisais juste semblant.